Au début des années 1950, l'enseignement technique et professionnel connaît une crise assez sérieuse. Il y a un désengagement vis-à-vis des formations dites manuelles. Les écoles techniques doivent s'adapter à la prolongation et à la diversification des formations, à une structuration et une réglementation plus importante des enseignants, à des contenus intellectuels et théoriques de plus en plus évolués.

Agrandissement de l’internat
En 1952, l'école Saint-Luc accueille un nouveau directeur, le Frère Maximilien (Charles Sandron). Sa mission est claire : soit redresser la situation et augmenter le nombre d'élèves, alors inférieur à 1000, soit fermer l'école dans les prochaines années. Le nouveau directeur refuse catégoriquement cette dernière solution ; il va entreprendre d'énergiques réformes dans l'enseignement, développer de nouvelles sections et se révéler un bâtisseur de premier ordre. Qu'on en juge par ce qui suit :
1953 Agrandissement de l'Internat.
1954 Achat d'une maison, avenue Reine Astrid, 25, destinée aux Frères étudiants à Saint-Luc. Réalisation d'une chapelle.
1955 Deux nouvelles salles de dessin.
1957 Mise en chantier d'un nouveau bâtiment en prolongement de celui de l'avenue Reine Astrid. Construction de deux classes sans étage. Achat d'une maison voisine. Rattachement à Saint-Luc d’une école d’horlogerie, créée à Mons en 1954.
1958 Quatre autres classes sans étage, bureau du Frère Préfet.

Nouvelle bibliothèque
1959 Location d'un immeuble, rue Fariaux, pour y installer la bibliothèque littéraire de l'école, qui connaît un succès important tant auprès des étudiants que de personnes extérieures à l'école. Gérance d'une station d'essence BP à la chaussée de Binche afin d'y former des étudiants à la gestion de stations-service.
1960 Achat du garage voisin pour y installer le garage de l'école. Acquisition de l'ancien couvent des Rédemptoristes, rue de la Grande Triperie. C'est là, après transformation des bâtiments, que vont s'implanter progressivement les sections des régents techniques, des conducteurs de travaux et ensuite des divers graduats.
Au Boulevard : salle de cinéma et nouvelles classes sans étage, réalisation en deux mois de vacances.
1961 Location du château de Salmonsart, prés de Soignies, aménagé en home pour étudiants ingénieurs et gradués.
1962 Construction d'un restaurant de 850 places, self-service pour les repas de midi.
1963 Le cap des 2000 élèves aux cours du jour est franchi. A la Régence, construction de 4 nouvelles classes dans le jardin, ainsi qu'un nouvel étage de dortoirs. Achat de terrains à la chaussée du Roeulx.
1964 Décès du Frère Préfet Marie-Albert,
profondément aimé de tous.
Mise en chantier du home des étudiants de l'Ecole d'ingénieurs techniciens à la chaussée du Roeulx.
1965 Début des travaux de la nouvelle école des ingénieurs techniciens, le long de l'avenue de l'Hôpital.

Construction de l’école d’ingénieurs
1967 Occupation de la première partie du bâtiment de l'école d'ingénieurs.
1968 Occupation complète et inauguration de ces locaux.
1968 L'enseignement rénové fait son apparition; de nouvelles structures vont se mettre en place.
1970 Aménagement de la cour intérieure suite aux récentes constructions.
1974 Après le décès du Frère Pol Thiry, le Frère Sandron annonce avec solennité, devant professeurs et un millier d'élèves assemblés, la nomination de Monsieur Fernand Fleuru en qualité de sous-directeur. Pour la toute première fois dans une école des Frères, un laïc va participer à la direction. |
Monsieur Fernand Fleuru 1er laïc membre de la direction |
Cette énumération montre à l'évidence, l'énorme développement de l'école.
Saint-Luc en moins de 20 ans.
Et pourtant tout n'a pas été facile. Rappelons quelques faits marquants.
Le 24 novembre 1954, l'opposition catholique décide une grève massive et des manifestations dans tout le pays contre la politique du gouvernement en matière d'enseignement et la loi dite loi Collard, ministre de l'Enseignement et bourgmestre de Mons. Des milliers d'enseignants, d'étudiants et de parents défilent dans les rues de Mons. Le chahut est indescriptible, la gendarmerie en tenue de combat charge à de multiples reprises. Le 14 mars 1955 manifestation contre la venue du Ministre Rey. Nouvelles charges de la gendarmerie, quelques professeurs et étudiants se retrouvent au poste de police. Le 17 mars tentative d'envahir la demeure du ministre Collard à Mons. Le 22 mars, chaulage général à Mons et nouvelles arrestations. Le 24 mars : "enterrement de Collard et de sa loi" affrontements violents dès 8h avec les ouvriers socialistes descendus en masse du Borinage. L'état de siège est proclamé à Mons, les rassemblements de plus de 5 personnes sont interdits. Malgré cela, plusieurs milliers de personnes se rassemblent sur la Grand-Place. Le groupe mobile de Charleroi entre en action avec chevaux et autos pompes. D'autres manifestations suivront encore en avril.
Le 24 avril, grève générale dans tout le pays et le 26 avril, malgré l'interdiction, plus de 100.000 personnes défilent dans Bruxelles. La loi Collard sera cependant votée, puis aménagée par le ministre catholique Harmel.
Autre pertubation: les grandes grèves de décembre 1960 à février 1961, contre la loi dite unique; tout le pays sera paralysé et les cours difficilement donnés à une population scolaire plus que réduite.
Revenons à des événements plus heureux. La création de nouvelles sections entraîne des frais importants au point de vue aménagement de locaux, ateliers, bureaux d'études, achat de matériel divers. Où trouver une partie des finances nécessaires ?
Une des solutions est d'attirer un vaste public par la création du FESTIVAL SAINT-LUC, chaque année lors du long week-end de l'Ascension (jeudi, samedi et dimanche). On y organise non seulement des présentations de travaux d'élèves, des démonstrations dans les ateliers, mais également de nombreux spectacles et l'ouverture de restaurants, bars et tavernes. Des dizaines de milliers de visiteurs, venus de tous les horizons belges, du Nord de la France et même du Luxembourg, vont se divertir pendant ces trois journées, de la fin du mois de mai de 1961 à 1975.
Citons parmi quelques unes, les vedettes animant ces journées : Adamo (1961), Robert Cogoi, Paul Louka (1964), Daniel Gérard, Romuald (1965), Monty, Tonia (1966), Michel Polnaref, Jacques Hustin (1967), Sacha Distel, Marc Aryan (1968), Richard Anthony, Annie Duparc (1969), Claude François (1970), Jacques Dutronc (1971), Frédéric François (1972) et bien d'autres.
Il faut y ajouter de nombreux orchestres, par exemple plus de 20 formations de twist et de rock en 1963, les Fairy Fingers de l'ORTF (1969), la formation du Golf de Drouot (1973), ainsi que les fanfares animant les soirées Oberbayern. Diverses troupes de théâtre ou de cirque, les Bosles (1961) les Delairs du cirque Bouglione (1963) pour ne citer qu'eux seront aussi au programme.
La plupart de ces spectacles furent présentés par des animateurs belges bien connus, par exemple Michel Lemaire de la RTBF.
Ces festivals et par la suite les journées Portes Ouvertes, furent l'occasion de retrouver bien des anciens étudiants, certains bien connus du grand public. Citons le Monsieur Météo de la RTBF, Philippe Jauniaux (diplômé en 1980, sciences mathématiques) et dans le monde des sports, Patrick de Radigues (ETSS électronique 1975) champion motocycliste comme son frère Didier, Thierry Boutsen (gradué en moteurs thermiques 1977) pilote de formule 1, Daniel Letor, judoka (1967).
En 1971, administrativement, l'école est scindée en deux écoles différentes, l'une comprenant l'enseignement supérieur, l'autre regroupant l'enseignement secondaire. Dans l'enseignement supérieur, régents et gradués conservent le nom IRAM, et en 1977 les ingénieurs forment l'ISICHt.
L'année 1979, voit la retraite du Frère Charles Sandron, né en 1914, directeur pendant 27 ans de l'Institut, et qui a réalisé un travail remarquable dans tous les domaines. C'est une étape importante de la vie de l'école Saint-Luc qui se termine.
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Le Frère Directeur lors de la remise des décorations |
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Le Frère Directeur rappelle
les 4694 diplômes qu’il a signés durant vingt années |