Célébrer un centenaire, c'est se réjouir avec des amis, des collaborateurs et des sympathisants afin de marquer cent années d'existence d'un contrat, d'une collaboration, d'une entreprise, d'une association. C'est aussi une occasion pour jeter un regard en arrière afin d'estimer les forces et les faiblesses, d'évaluer l'évolution au cours des ans, la fidélité aux intentions fondatrices, les engagements pris, tant en matériels qu'en personnel humain, la rigueur et la justesse de la gestion.
Mon propos s'articulera sur cinq grands axes : les hommes, les lieux, les formations, la pédagogie et la fidélité à la mission.
Cette pérennité de l'Ecole Saint-Luc de Mons depuis 1907, on la doit en premier lieu à des hommes clairvoyants et courageux qui s'unirent pour procurer aux jeunes de la région une formation artistique et technique. Parmi ces fondateurs, il faut citer :
Monsieur l'Abbé Gallez, curé de la paroisse Saint-Nicolas
Monsieur le Vicomte Adrien Vilain XIIII
Monsieur le Baron Bonaert
Le Frère Marès, architecte et artiste
Monsieur Jean Martial, premier administrateur
Monsieur Hubert, ministre de l'Industrie
Monsieur le Chanoine Puissant.
Ceux-ci s'entourèrent au fil des années, d'un corps professoral composé de Frères et de laïcs compétents dans les multiples disciplines des techniques et métiers enseignés; il n'est pas possible de les citer tous mais peut-on oublier des noms comme : Frère Marès, neveu du fondateur, Monsieur Racheneur, Monsieur Debaille, Monsieur Roussaux, Monsieur Carmon, Monsieur Mahieux, Frère Valentin, Frère Constant, Monsieur Blondiaux, Monsieur Sadin, Monsieur Dubie, Monsieur Meyer, Monsieur Hautier, Frère Macaire Laurent, Monsieur Marcq, Frère Marie Albert, Monsieur Defoy, Frère Joseph Brans, autant de personnages qui marquèrent profondément l'évolution de l'institution.
Quant à l'implantation de la "nouvelle" école et son développement ensuite, elle est l'illustration des efforts accomplis pour faire face à une population scolaire toujours en augmentation. D'abord, très sommairement installée dans une salle du patronage Saint-Charles, puis dans les très mauvais murs de l'Ancien Hôpital de la rue de la Biche, il fut possible de restaurer et ensuite de construire un nouveau bâtiment de la Biche et d'acheter un terrain de quatre hectares, assez marécageux, situé avenue Reine Astrid et qui vit s 'élever au fur et à mesure une série de bâtiments comprenant classes, ateliers, laboratoires, bureaux, salle de gymnastique, de dessin, mais aussi des restaurants, un internat, des salles de fête et d'autres locaux de spécialisation. Malgré tout cela, il fallut, faute de place, construire un bâtiment pour l'école d'ingénieurs industriels dont la façade fut orientée vers l'avenue de l'Hôpital. L'enseignement supérieur se développant et les élèves arrivant plus nombreux, il fallut trouver de nouveaux sites d'implantation. Nous avons alors racheté le Couvent des Pères Rédemptoristes situé rue de la Grande Triperie et tout le bâtiment fut transformé en locaux scolaires y compris la vaste église. Une cité pour le logement des étudiants des sections supérieures fut bâtie chaussée du Roeulx. La bibliothèque dite " Les Comtes de Hainaut" s'installa rue du Trouillon Vouté. Le rachat de la maison de commerce Etablissements Claudoré au Boulevard Charles Quint permit d'y installer le Centre de Formation en Alternance. De vastes laboratoires de mécanique, de moteurs et de géotechnique furent construits à la rue Fariaux. Plus de 300 chambres d'élèves internes furent transformées en locaux scolaires suite à la suppression des internats. Enfin, un Centre Sportif vient de voir le jour à la rue des Pinsons.
En matière de formations, dans un premier temps, l'orientation des études privilégia les domaines de la construction et des métiers d'art et cela, sous l'influence du Frère Marès et des écoles Saint-Luc, en particulier celle de Gand. Les écoles Saint-Luc, fondées par les Frères à Namur, Gand, Schaarbeek, Bruxelles, Liège et Tournai, avaient, sous le patronage du célèbre Baron de Béthune, voulu en architecture, relancer le néo-gothique et dans le domaine des métiers d'art, favoriser l'apprentissage de métiers nobles comme la sculpture, le modelage, l'orfèvrerie, la peinture d'édifices, le dessin publicitaire, la dinanderie, la céramique, la peinture sur verre et sur tissus, la gravure, etc.
Très rapidement, les industriels de la région firent comprendre aux Frères de Mons le besoin d'autres formations répondant mieux aux nécessités des charbonnages et des nombreuses entreprises annexes. Et c'est ainsi que furent organisées des formations de géomètre de fond, de mécanicien, d'électricien, de réparateur de machines, de dessinateur industriel, de conducteur de travaux, de traceur, de gérant de flux, etc. L'adaptation aux besoins industriels se fit très rapidement et dès 1927 jusqu'à nos jours encore, l'école présente deux visages : celui d'une école d'art et celui d'une école technique.
Le niveau d'enseignement est soit professionnel, soit technique. L'enseignement professionnel vise surtout la formation à l'exercice d'un métier manuel : menuisier, ajusteur, forgeron, soudeur, mécanicien, monteur, électricien, lettreur, peintre en bâtiment, décorateur … L'enseignement technique assure une base de connaissances théoriques appropriées à chaque orientation comme connaissance des matériaux, physique, mécanique, résistance des matériaux, électronique, constructions mécaniques, laboratoires et exercices divers … A cela s'ajoute des cours de formation générale, mathématiques, chimie, français, histoire, langues, etc.
D'année en année, et suite aux exigences industrielles, les études techniques se divisent en techniques de finalité, dite de qualification qui privilégient l'exercice d'une profession, et techniques de transition qui préparent davantage à la poursuite d'études supérieures.
Après la guerre 40-45, l'enseignement supérieur se développe de plus en plus et nous ouvrons des sections de gradués en moteurs, électronique, automation, publicité, construction, tandis que l'école d'ingénieurs techniciens devient école d'ingénieurs industriels pour former ensuite, avec d'autres écoles, la Haute Ecole Roi Baudouin.
La mise à disposition de bâtiments et de matériels scolaires constamment mis à jour et l'offre de formations variées, évolutives au gré des besoins et des avancées scientifiques et technologiques ne suffisent pas à elles seules à fonder une école, il y faut une pédagogie qui, mise en œuvre par un corps professoral compétent, amènera l'étudiant à maîtriser sa technique et à être opérationnel.
S'il est vrai, qu'un petit nombre d'esprits sont aptes à passer facilement du général au particulier, de l'abstrait au concret, de la loi aux applications, un grand nombre d'autres ont des esprits qui privilégient le passage du simple au complexe, du particulier au général, du concret à l'abstrait, de l'induction à la déduction. Presque par nécessité, l'enseignement technique doit privilégier une pédagogie du concret au général. C'est par des manipulations, des constats ponctuels, des mesures et de leurs variations, et autres constructions que l'étudiant pourra observer une constante, une règle plus générale pour arriver à la loi. Si, en plus, les démarches effectuées sous forme de construction de maquettes, de montages, de fabrications de pièces et assemblages, et de dessins techniques correspondants il sera facile de confirmer la valeur et la réalité des lois exprimées en termes généraux. Toutes ces étapes, qui ne peuvent mentir, sauf catastrophes, confirment les résultats, donnent le sentiment de la découverte, appuient l'exactitude des raisonnements, encouragent l'étude et ancrent les connaissances. Cette pédagogie a réconcilié avec les études, bien des jeunes qui peinaient dans les raisonnements, l'abstraction et les déductions. De plus ce travail développait l'attention, l'observation, l'estimation, le sens de la mesure, la persévérance, la précision du geste et l'adaptabilité.
Mais les visées des fondateurs de Saint-Luc et de leurs successeurs étaient et restent bien au-delà de la formation d'excellents ouvriers, de bons techniciens et gradués, d'ingénieurs hautement qualifiés. Ils veulent former des hommes. Des hommes à qui Dieu a confié la nature pour la connaître, la dominer, l'entretenir, la cultiver et surtout pour y vivre dans l'épanouissement personnel, la fraternité, la tolérance et l'acceptation des autres; tel est le message de collaboration avec le Christ pour le salut du monde et le développement harmonieux de chacun.
Les valeurs évangéliques et universelles, les connaissances scientifiques, techniques, artistiques, sociales et familiales offrent des conditions favorables pour permettre à chacun de développer une personnalité originale, faite de respect de soi et des autres, d'honnêteté, de sens des responsabilités, d'ouverture et de tolérance.
La réalisation de ces objectifs est l'honneur de l'école Saint-Luc, ils font la fierté des élèves et de leurs formateurs. Que longtemps encore, la Centenaire vive et produise des fruits de connaissance, de fraternité, de bonheur et d'épanouissement.
Frère Charles Sandron
Directeur honoraire
(mai 2006) |